« Pas de moules à Barfleur » : la formule, longtemps dite en souriant par les habitants, raconte une histoire vraie — celle d’une moule d’exception, la blonde de Barfleur, qui a failli disparaître avant de renaître. Voici l’histoire de ce trésor du Cotentin.

Une moule pas comme les autres

La blonde de Barfleur est une moule sauvage qui vit au large, sur des fonds de graviers et de galets, entre la pointe de Barfleur et la pointe de Saire. Elle doit son nom aux reflets dorés de sa coquille et à sa chair blanc crème, réputée charnue et savoureuse. Les gisements principaux — Barfleur (le plus important), Montfarville, Réville et Ravenoville — forment ensemble le plus gros gisement de moules sauvages de France.

Une pêche à part

Contrairement aux moules de bouchot, élevées sur des pieux, la blonde se pêche en mer, depuis les années 1970, par de petits bateaux équipés pour le dragage de fond. Une sortie dure environ six heures ; chaque filet peut remonter jusqu’à 700 kg. Les moules sont lavées à l’eau de mer et triées à la main à bord, désensablées à terre, puis expédiées chez les revendeurs moins de 36 heures après la pêche.

Le Val de Saire compte une soixantaine de navires autorisés à cette pêche, qui récolte entre 2 000 et 9 000 tonnes selon les années. La pêche est encadrée : quotas annuels, taille minimale de 4 cm, taux de chair minimal de 23 %. Depuis 2001, le label Normandie Fraîcheur Mer garantit l’origine naturelle des gisements et la traçabilité.

Pourquoi « pas de moules à Barfleur »

La ressource n’a pas toujours été au rendez-vous. Après des années d’abondance, le gisement s’est effondré au milieu des années 2010, victime de la surpêche et de la fragilité du milieu. En 2016 et 2017, la pêche a été totalement interdite — c’est à ce moment que la formule « pas de moules à Barfleur » a pris tout son sens, et que la blonde a manqué aux tables et aux marchés.

La blonde refait surface

Depuis, le gisement se reconstitue progressivement. La pêche a repris, encadrée plus strictement, et la blonde de Barfleur revient sur les étals et dans les restaurants du Val de Saire — une renaissance suivie de près par les professionnels et les gastronomes.

La déguster

  • Saison : la blonde se pêche de juin à octobre (sauf week-ends) et donne le meilleur d’elle-même entre fin juin et fin septembre.
  • En coquille : à la marinière, ou simplement ouverte au vin blanc — sa chair charnue supporte peu de cuisson.
  • Où en trouver : sur les quais au retour des bateaux, chez les poissonniers de la région et dans les restaurants du port.

Bon à savoir : la blonde de Barfleur n’a rien à voir avec les moules d’élevage que l’on trouve partout — c’est un produit sauvage, rare et saisonnier. Si un restaurant vous la propose hors saison, posez la question…

Pour compléter : la vie du port et de la pêche et les bonnes adresses pour la déguster.