Route du Rhum : Communiqué N°7

26 octobre 2006 – Antoine Koch à bord du trimaran Sopra Group : « Devant l’ampleur de la tâche, je n’ai pas d’autre choix que d’être concentré à fond. »

Antoine Koch ne pense qu’à ça. A cette Route du Rhum qu’il peaufine depuis un an. Travailleur acharné, technicien scrupuleux – trop diront certains – le jeune marin compense son manque d’expérience par une extrême rigueur dans sa préparation.

Dans le milieu nautique, tu as la réputation d’être un peu solitaire et trop sage…

– Moi, trop sage ? C’est mal me connaître. Mais si c’est ce que l’on pense, je n’y peux rien et de toute façon, ça ne me dérange pas. Je voudrais juste préciser un point : du fait de mon manque d’expérience sur trimaran en solitaire et de mon jeune âge, je n’ai pas le luxe de me relâcher. Je dois compenser ce manque par une extrême rigueur dans la préparation technique du bateau et aussi dans ma préparation physique. Je ne dois rien laisser au hasard.

D’où ton côté « ingénieur », peut-être encore plus poussé que chez tes concurrents ?

– Je ne pense pas être plus « ingénieur » qu’un Desjoyeaux, par exemple, une référence dans cette classe où la maîtrise technique est primordiale. Mais le fait que le trimaran Sopra Group soit né il y a quelques années déjà m’oblige à être plutôt « ingénieux » pour accroître son potentiel.

Justement, pour accroître les performances de ton trimaran Sopra Group, quelles options as-tu privilégiées ?

– D’abord, je me suis concentré sur le « moteur » du voilier, autrement dit le gréement, avec une garde-robe composée notamment d’une grand-voile à corne puissante. En fait, je suis revenu à de bonnes vieilles méthodes, à savoir rajouter des barres de flèches au mât pour augmenter l’inertie de son profil d’où la réduction du fardage (la prise de vent).
Cette option nous a fait gagner 150 kg, ce qui est énorme, une partie du gain de poids total dont nous sommes assez fiers. J’ai aussi adapté un hook permettant d’enrouler le génois en haut du mât et non plus à la base, ce qui réduit le risque de chavirage. Cette possibilité de « dehooker » l’étai de génois est un vrai avantage, surtout en condition d’alizés soutenus : je peux hisser différentes voiles de près, y compris le reacher et le gennaker, alors que dans une configuration classique, il n’y a pas de place pour les voiles intermédiaires. D’ailleurs, en ce qui concerne le génois, j’ai modifié ses points de tire pour obtenir un plus large éventail de réglages.

Tu sembles attacher beaucoup d’importance aux petits détails ?

– Mais ce sont parfois ces petits rien qui font la différence ! Cela va du système de crochets pour affaler les voiles non utilisées, aux embouts en carbone, en paRoute du rhumssant par le vit de mulet placé sur le mât – et non sur le pont – ce qui permet au mât de changer naturellement de bord lors des manœuvres. Je pourrais citer encore une dérive plus raide et légère ou des nouveaux safrans améliorant la finesse de barre et empêchant les décrochages intempestifs…

Pour autant, tu ne négliges pas le confort à bord ?

– Ce n’est pas un luxe quand on sait que la Route du Rhum exige la concentration totale du skipper solitaire pendant 3 600 milles. Outre des sièges ergonomiques qui ménagent mon dos, j’ai installé le winch de chariot de grand-voile placé dans le sens de la marche, devant le barreur afin de mieux régler la voile et circuler plus aisément entre le poste de barre et la coque centrale. Au nom du confort et de la rationalisation, j’ai aussi placé un retour des drisses au piano qui rendent les manœuvres possibles sans sortir du cockpit.

Jusqu’où peut aller cette rationalisation ?

– J’essaye de supprimer tout ce qui n’est pas absolument indispensable à un « Grand Prix » transatlantique comme le Rhum. Dans ce sens, j’ai enlevé les winches de bastaque, le système de haubans mobiles situé sur l’arrière. De même, exit le réglage de bordure, car sur des machines comme les multicoques, les voiles sont toujours plates, même au portant. Sans oublier des réas de bosses de ris simplifiés. Cette recherche d’épure et de gain de poids m’a aussi amené à débarquer ma platine et mes haut-parleurs, un plaisir pourtant essentiel pour moi. Mais que n’ai-je pas dit là… on va encore raconter que je suis trop sérieux !

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