le Collectif Occasionnel

Ils se sont croisés à l’École des Beaux-Arts de Caen et ont très tôt conçu de mettre en commun au moins une partie de leur travail. Tant et si bien que de la formation variable et instable de leur début, en 1998, il reste près de six ans plus tard le meilleur : une structure de travail qui non seulement a conduit à produire une vingtaine de projets au nom du collectif, mais surtout demeure un support dynamique à la création pour chacun des trois. Ils reconnaissent volontiers que les discussions, préparations et réalisations communes satisfont à leurs propres besoins de création, en dissolvant l’héroïsme de l’artiste. Et s’ils sont libres de mener tous projets hors du groupe, c’est en son sein qu’ils demeurent le plus productifs. Ils y ont trouvé, faut-il préciser, non seulement des modalités de travail démultipliées par l’échange et le partage, mais aussi un ton qui leur est propre. Le travail à plusieurs oblige en effet à mettre en commun des hypothèses ou des protocoles de travail, toutes règles du jeu qui auraient une analogie avec la logique programmatique de l’art conceptuel, mais qui s’autoriseraient aussi, et plus facilement encore du fait d’être plusieurs, la liberté de la drôlerie voire du burlesque, en tous cas d’un ton qui tourne le dos à la gravité pour préférer construire des projets dynamiques et sémillants, qui supposent un engagement des artistes en acteurs de performances improbables ou d’actions partagées avec le public.

Les premières prennent souvent forme en vidéo, comme Tirage au sort (2002, 24’ ; six actions jouées à trois et programmées par tirage au sort) ou Saynètes (2002, 10’ ; cinq actions improvisées sur les relations à trois autour du toucher, de l’écoute, du jeu, du lien…). Quant aux propositions publiques, elles mettent les artistes en tenancier de cinéma (Cinéma occasionnel, salle de six places montrée à plusieurs reprises en 2002, au CAC à Hérouville ou à la galerie L’Unique à Caen) ou en situation de performance culinaire (Camping, 2003, Limoges). Les pièces sont souvent déclenchées par des situations de présentation sinon d’exposition, comme des réponses adaptées à des contextes.Il semble bien que l’indétermination des formes que prennent les pièces produites par le groupe tient largement à la constitution en collectif : toute hypothèse de style s’y voit remise en question, alors que chaque projet, discuté, disputé, réinvente sa définition, dans un esprit d’économie de moyens plutôt que de maîtrise, de jeu plutôt que de virtuosité. En somme, le Collectif Occasionnel relève sans doute de l’art, mais autant de l’art de vivre que de l’art des artistes, un art de rendez-vous, héritant des expériences d’un groupe comme General Idea au Canada, mais aussi de pratiques contemporaines dites relationnelles, qui font œuvre autant des contacts humains et des rencontres que des manifestations matérielles, des échanges sociaux autant que de la production formelle.

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