Entretien avec Erik Larsen

Entretien publiée sur le site de l’association des Amis de Guillaume le Conquérant, toujours décidée à vous faire découvrir le patrimoine normand, qui vous présente aujourd’hui un écrivain. Un Normand qui depuis quelques années nous livre une version originale de l’histoire. Entretien.

AAGC: On dit qu’un jeune écrivain est souvent un vieux lecteur, qui êtes-vous et quel âge avez-vous pour écrire ?

eriklarsenErik Larsen : Je suis un vieux  trentenaire et un lecteur compulsif, mais je pense qu’il n’y a pas d’âge pour écrire. Je suis simplement un Normand en exil, comme des milliers d’autres, et j’écris les romans que j’aurais aimé trouver dans les rayons des librairies, des romans évoquant la Normandie, ce qu’elle fut au faîte de sa gloire, mais aussi ce qu’elle aurait pu devenir si le destin en avait décidé autrement. La Normandie me manque, et je compense son absence en la vivant par les mots, en la démultipliant par autant d’approches différentes dans chaque roman.


AAGC
: Quel est votre bagage culturel ? Êtes-vous diplômé en lettres ou en histoire ?

EL : Chaque mois je dévore ma ration de romans historiques, qu’il s’agisse de policiers, de thrillers ou de romans d’aventure, mais j’apprécie aussi de compléter ces lectures par des livres d’histoire. Côté formation, j’ai fait des études de lettres et obtenu de beaux diplômes, mais ça n’a rien d’indispensable pour écrire : rien ne remplace une bonne dose d’imagination et une motivation quotidienne pour noircir feuillet après feuillet.

AAGC: Que pensez-vous de l’implication des Normands pour leur culture, si on les compare aux autres régions Françaises ?

EL : Tout dépend de quel pan de la culture normande on parle. Les Normands d’aujourd’hui possèdent une culture gastronomique parmi les plus vivantes de France, encouragée par les industriels locaux qui y trouvent leur compte ! Mais lorsque l’on regarde ce qui se passe dans une région comme la Vendée (je pense notamment au Puy du Fou et aux spectacles historiques que l’on y joue à longueur d’année avec un succès constant), on se dit qu’il y aurait tant à faire pour valoriser cette ressource inépuisable qu’est notre histoire. Si vous regardez une région comme l’Alsace, vous constaterez que les animations historiques ou d’époque y abondent et ce dans un décor de rêve avec des maisons médiévales ou un peu moins anciennes parfaitement entretenues ou reconstituées. Le problème est que les Normands n’ont pas de leader politique à même de porter ce genre de projet régional alliant culture et économie. Le jour où l’on verra des villes moyennes de Normandie aussi impliquées dans la préservation ou la reconstitution de leur histoire et de leur culture que peuvent  l’être la plupart des petites villes d’Alsace, un grand pas en avant aura été fait !


AAGC
: En tant qu’auteur, comment est l’accueil des lecteurs et comment le ressentez-vous ?

EL : Les lecteurs semblent souvent étonnés que l’on ait quelque chose de nouveau à écrire sur la Normandie. Mais leur étonnement est toujours positif et ils en redemandent. Surtout ceux qui, comme moi, vivent loin de leur terre natale. Ce genre de réaction est très encourageant et donne envie de continuer.

AAGC: Quel but poursuivez-vous ? La notoriété, l’argent, la probabilité de graver des léopards sur quelques âmes ?

EL : Mon but est de me faire plaisir tout en divertissant les Normands, ainsi que les autres. Mon objectif est de faire parler de la Normandie, de la faire vivre bien au-delà de ses frontières et de son actualité aride. En écrivant, je pense toujours à ceux qui vivent loin de leur pays normand et au bonheur qu’ils éprouveront à plonger leur esprit dans un récit qui leur fera un temps oublier leur éloignement. Récemment, un lecteur m’a envoyé un message très émouvant depuis Kaboul pour m’encourager à continuer dans cette voie. J’ignore quelle est l’ampleur exacte de la diaspora normande, mais il me semble significatif que les meilleurs retours que j’ai pu obtenir jusqu’à présent proviennent plutôt d’expatriés normands. Les médiévistes se sont également montrés assez enthousiastes après la sortie de mes deux premiers romans, sans parler des amateurs d’uchronies que la production littéraire française a tendance à négliger.

AAGC: Où peut-on acheter vos ouvrages ?

EL : Sur Lulu.com pour l’instant. Il s’agit d’une librairie en ligne qui présente l’avantage de rendre vos ouvrages disponibles sur les cinq continents sans exception et ce à tout moment. Je trouve très séduisante l’idée de passer commande depuis chez soi sur son écran d’ordinateur et de voir le livre commandé arriver dans sa boîte aux lettres quelques jours après. Et pour les courageux qui aiment lire directement sur leur écran, les trois romans sont également téléchargeables gratuitement depuis Lulu.com. Là aussi j’ai eu de très bons retours, et c’est aisément compréhensible quand vous voyez les prix parfois exorbitants des nouveautés littéraires en librairie classique. La gratuité apparaît ici à la fois comme un soulagement pour le porte-monnaie des lecteurs et comme une arme efficace pour se faire connaître en tant que jeune auteur.


AAGC
: Qu’avez-vous à dire à un jeune Normand qui pense que sa région n’est pas assez active sur le plan culturel ?

EL : Je lui dis de retrousser ses manches et de se mettre au travail sans attendre que d’autres le fassent à sa place. Cela n’a rien d’évident, c’est vrai, mais dans ce domaine comme dans bien d’autres, on n’est jamais aussi bien servi que par soi-même, et à toujours attendre que les politiques prennent les choses en main pour dynamiser leur région, on prendrait le risque de devenir d’éternels déçus. Il faut donc agir, de manière isolée, comme je le fais, ou en rejoignant des groupes existants… Bref, pour paraphraser un célèbre président américain,  je dirais à ce jeune Normand que, bien qu’il ait entièrement raison de penser ce qu’il pense, il ne devrait pas se demander ce que sa région pourrait faire pour sa culture mais ce que lui-même pourrait faire pour soutenir sa culture et sa région. A l’heure actuelle, il ne faut pas s’attendre à des miracles en Normandie : l’initiative doit venir de la base !

Merci du temps que vous aurez accordé à cette entrevue, nous vous donnons rendez-vous pour un deuxième questionnaire, cette fois plus concentré sur un ouvrage. Nous vous laissons le mot de la fin, et nous vous remercions pour votre travail.

Erik Larsen :

Merci à vous pour cette tribune offerte sur votre site. Je terminerai simplement en disant que, à l’instar de ce qui se passe dans certains de mes romans, la Normandie moderne peut et doit prendre un chemin différent de ce qu’elle a connu depuis son invraisemblable éclatement administratif il y a 52 ans de cela, depuis cette fracture qui non seulement l’a défigurée mais ne lui a en rien profité. A cet égard, j’espère très sincèrement que la réunification de la Normandie, que certains évoquent comme une possibilité à l’horizon 2010, mettra un terme à son affaiblissement culturel et marquera le début d’une nouvelle ère pour tous les Normands. Dans cette attente, j’invite chacun à prendre sa plume afin d’imaginer de quoi sera fait l’avenir de notre région et de défendre, a minima, sa place dans l’espace littéraire contemporain.

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