De la conquête de la Gaule

De la conquête de la Gaule

Après la Conquête de la Gaule conduite par Jules César entre 58 et 51 avant J.- C., Rome met en place une nouvelle organisation politique, économique et sociale sur les territoires dominés. Cette profonde mutation se manifeste par la construction et l’aménagement d’infrastructures publiques qui soulignent son autorité : forums, sanctuaires, édifices de spectacles, thermes, équipements routiers… A l’image des cités méditerranéennes, les villes du nord se développent selon des plans orthogonaux. Dans les campagnes, les dignitaires romains et surtout gaulois transforment progressivement le paysage en diffusant les us et coutumes romaines.De la conquête de la GauleQuestion de climat ? Peut-être. D’architecture ? Certainement. – la ville-sanctuaire, au Vieil-Evreux (27), dont les thermes sont restitués et aménagés en jardin archéologique- le théâtre de Lillebonne (76) où des travaux d’étude et de restauration sont programmésLes romains ont pourtant reproduit aux confins septentrionaux de l’Empire des programmes architecturaux conformes à leur culture, avec souvent d’autresAlors que le sud de la Loire affiche aujourd’hui villes et villae, temples et sanctuaires, théâtres et arènes, aqueducs et fontaines… le nord de la France paraît dégarni et peu marqué par la romanisation. Alors que nombre de festivals accaparent les chroniques culturelles estivales dans des cadres antiques prestigieux : art lyrique au théâtre d’Orange, jazz à Vienne, danse à Vaison-la-Romaine, corridas aux arènes de Nîmes… renouant ainsi avec leurs fonctions premières de spectacles, dans le nord, les représentations constituent l’exception.cN. Bolo et C. Chappet

témoignent en Haute-Normande, trois grands- le complexe du  » Bois l’Abbé  » à Eu (76)où un théâtre, des thermes et un temple sont fouillés depuis 1994. C’est l’unique ensemble antique rural ouvert au public dans la régionmoyens et aussi beaucoup d’ingéniosité. C’est ce dont ensembles monumentaux qui font l’objet derecherches archéologiques permanentes pour leur mise en valeur : monumental régional. En effet, sur plus de 11 400 sites…à l’architecture monumentale romaine- les dimensions et les volumes sont inhabituellement importants – les techniques architectoniques inconnues des gaulois comme la voûte, les arcs de décharges sont importées- les formes architecturales inédites font leur apparition : colonnes, chapiteaux, frontons, frises…- de nouveaux matériaux sont introduits : terre cuite, marbre, stuc, verre à vitre…- des techniques décoratives ignorées sont mise en œuvre : mosaïques, peintures murales…Au moins cinq définissent ce type d’architecture : cF. GerberChaînage horizontal de briques (Evreux)ColonnedoriquecJ.

Les sites illustrés dans ces pages, malgré leur monumentalité, sont bien souvent retombés dans l’oubli. Certains sont au coeur d’agglomérations antiques aujourd’hui disparues, comme à Saint-André-sur-Cailly. D’autres, tels Berthouville et Noyers-sur-Andelys, sont, dès l’origine, isolés en milieu rural. Parce qu’ils sont devenus parfois insoupçonnables et inaccessibles, nous vous invitons à les redécouvrir.cCharpentier, Benoist et GaildrauDes monuments au coeur des villesProfil du théâtre d’EvreuxEn milieu urbain, la disparition des monuments antiques a été progressive. Dès leur abandon, les matériaux ont été récupérés et réemployés. Démolitions et reconstructions successives se sont perpétuées au fil des siècles.Inversement, la monumentalité de certains édifices, sans les épargner totalement du pillage, les a parfois protégé d’ une disparition fatale. A ce titre, au XIXe si ècle, plusieurs ont bénéficié de nouvelles mesures de protections. Le théâtre de Lillebonne est ainsi le premier site gallo-romain haut-normand classé, en 1840, au titre des monuments historiques, par Prosper Mérimée.A Evreux, par exemple, le théâtre gallo-romain a servi très tôt de carrière. Un document comptable de 1428, rapporte que des « ouvriers de bras » ont reçu 9 livres 3 sous « pour avoir tiré de la pierre de taille en chastel »

. Le théâtre était alors et jusqu’au XIXesiècle désigné sous le nom de « Châtel Sarrazin » et interprété comme des ruines médiévales. Progressivement démantelé il fut redécouvert grâce aux fouilles de Th. Bonnin en 1843. A Rouen, les éléments sculptés d’un mausolée du IIe siècle ont été utilisés pour la construction du rempart du IVe siècle. Il a lui-même servi de carrière pour l’édification de bâtiments médiévaux… 33cTh.BonnincR.AgachecX.Peixoto (Afan)cX.Peixoto (Afan)Eléments sculptés en réemploi dans le rempart de Rouen (IVe siècle) – Fouilles de l’Espace du PalaisVue aérienne du théâtre de Lillebonne… … et état du site au XIXe siècleLa Haute-Normandie compte un nombre exceptionnel de théâtres. Seize sont formellement identifiés par les fouilles, deux restent hypothétiques à Sigy-en-Bray et Caudebec-lès-Elbeuf où on observe des anomalies de terrain semi-circulaires. cL. Ciezar-EpaillyDes édifices de spectacle1111L’orientation et la construction des théâtres présentent une grande variétéCavea : partie en gradin où s’installent les spectateursCuneus : division en forme de coin de la cavea Vo mitorium : entrée et sortie des caveaOrchestra : partie en bas de caveaProscenium : plateau placé devant le mur de scène sur lequel se déroule le spectacle.

Les théâtres des campagnes normandes ne correspondent pas à l’image, souvent « hollywoodienne », que nous nous en faisons. Ils sont construits avec des matériaux rustiques de provenance locale. La terre et le limon, sur les zones de plateau, leur donnent leurs formes semi-circulaires. Dans certains cas comme à Lyons-la-Forêt ou à Noyers-sur-Andelys, le relief naturel est utilisé pour adosser la cavea. Aucune règle, sauf l’opportunité offerte par la topographie, ne préside à leur orientation. Avec huit monuments, l’est de la région présente une densité inaccoutumée en France. Ils sont régulièrement distribués et distants de 16 à 30 km les uns des autres. Cette répartition qui ne doit rien au hasard, permettait à la population environnante de s’y rendre en une demi-journée de marche maximum. Au nord-ouest de la Seine-Maritime, les théâtres de Canouville et de Bretteville-Saint-Laurent, séparés l’un de l’autre de 25 km, confirment cette volonté de commodité d’accès.

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