DAVID BARRIET

Ce n’est pas la photographie qui rend photographe, ni l’image à elle seule qui fait l’artiste. L’activité de David Barriet s’est construite entre des pôles d’intérêt et d’engagement qui pourraient apparaître pour contradictoires : la mémoire individuelle et son vocabulaire, ses emprunts ; la mémoire collective à l’échelle de la famille comme de l’histoire générale ; les traces et signes qui s’inscrivent dans le monde, sur la peau du bâti ou dans les géographies complexes de la ville ; et surtout, au-delà même de ce que l’artiste engage de lui-même et de la réalité qui l’a construit comme individu, l’attention au présent du monde, la nécessité de la conscience, et d’une conscience agissante, ou au moins active. Déployés, ces pôles semblent ambitieux et s’ils le sont, c’est à la manière dont l’est toute démarche qui tente de rendre compte du monde en son état. Car immanquablement, c’est tout le contrat aux innombrables clauses qui lient chacun à ce que l’on nommera, pour aller vite, la réalité qui sont en jeu : la question des angles et des points de vue, de la part volontaire CAPABLE DE DONNER UNE FORME – ET UNE FORME PROSPECTIVE – À LA MÉMOIRE. de leurs déterminations, de la vérité, et des déterminismes qui s’y rajoutent.

Or la photographie – la moindre photographie, mobilise l’enjeu du dispositif à chaque image et active toutes les interrogations, fut-ce implicitement. Des questions que relance l’usage documentaire de la photographie, dont David Barriet connaît bien les règles (il a aussi travaillé dans la photo de presse) mais le document n’est pas son affaire. La série d’image intitulée Patrimoine décrit bien un itinéraire, géographique, dans des villes des bords de la Manche qui partagent une situation topographique et une mémoire de la seconde guerre mondiale. Mais la série décrit surtout un parcours dans les régimes de l’image : à partir d’images de la reconstruction urbaine de l’après-guerre, c’est à une tentative de reconstruction personnelle qu’il aboutit, mêlant prises de vue sur le terrain et images tirées de l’album de famille. Il construit patiemment un imaginaire, au sens littéral du terme : tel est le patrimoine qu’il tend à cerner, sans autre trésor que les pépites de l’individuation. Quant à la forme du livre, on l’a signalé, elle rejoint un autre aspect de la pratique de David Barriet, qui le porte à s’intéresser aux images des autres comme éditeur et comme organisateur d’exposition et d’événement. Il développe dans un travail mené en équipe à Cherbourg une même interrogation sur la production de photographes – qu’ils se nomment artistes ou non – qui produisent des images qui s’essayent à prendre prise sur le monde par l’intelligence de la représentation. Reste au projet de Patrimoine à trouver les derniers moyens pour atteindre à sa forme définitive, qui doit être celle de l’imprimé.

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