Bertrand Diacre-Pieplu

Pour mettre en œuvre ses rêves, Bertrand Diacre-Pieplu, crée des dispositifs précis. La folie est douce mais la démarche et la réalisation presque scientifiques. L’artiste s’entoure de l’avis de chercheurs généralement intéressés par les expériences en décalage qui leur sont proposées. Il utilise à la fois la technologie existante et, grâce à ses « collaborateurs », des techniques beaucoup plus en pointe. Diacre-Pieplu étudie longuement ses projets. Étant données les difficultés matérielles, la création artistique passe par toutes sortes de précautions, d’études, d’essais. Ne s’agit-il pas de lancer des navettes dans des intestins, de tirer des balles pour qu’elle explorent toutes sortes de matières, de transformer le corps humain en caisse de raisonnance ?… Dernièrement à Rouen et à Bourges, la veille de l’exposition, l’artiste avait avalé une petite capsule munie d’un micro, qui permettait de diffuser en direct, au fur et à mesure de la progression de l’engin, les sons produits par le corps. Des émetteurs, relayaient les ondes propagées par la capsule, des bornes d’écoutes disposées en plein air donnaient aux visiteurs la possibilité d’entendre, dans une certaine intimité, les sons des organes de l’artiste.

Le corps humain étant une formidable caisse de raisonnance, les bruits autour pouvaient aussi être perceptibles. En cours d’élaboration, une navette intestinale serait également avalée, cette fois-ci pour transmettre sur un moniteur, les images internes du corps suivant le rythme de la digestion. Quand Diacre- Pieplu me parlait de son projet, je revoyais les images d’un film de science-fiction : Le voyage fantastique de Richard Fleischer où les personnages voyagent dans le corps humain à bord d’un vaisseau futuriste, assez proche des capsules de l’artiste. Pour autant, ses recherches ne tournent pas toutes autour des gelules exploratrices, mais plus encore autour de l’observation, de l’expérimentation, des applications scientifiques détournées à des fins artistiques. Si on remonte à l’époque où il était aux Beaux-Arts de Valenciennes, on constate que, déjà, il s’intéressait aux matières et à l’observation de leurs « comportements ». Une vidéo, par exemple, filme le lent processus de recouvrement de sculptures dans un atelier de l’école, par du talc, propulsé par un compresseur à air. On voit la matière se déposer imperceptiblement dans l’espace, et seules les premières et dernières images de la vidéo projetée en boucle, permettent de remarquer la différence avant et aprés l’éjection de la poudre. Qu’il s’agisse de technologie de pointe ou de bricolage, Bertrand Diacre-Pieplu se situe toujours dans une problématique scientifique biaisée.

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