Alan Aubry

Qui est Alan Aubry ? Où vit-il ? En Suisse ? Dans le désert d’Otavi ? À Tsumeb ? Dans les jardins d’Alamuth ? Sur le Mont Analogue, c’est-à-dire partout et nulle part. C’était en effet partout, mais certainement pas nulle part, Alan Aubry quand il était enfant, a suivi son père qui travaillait sur des chantiers au Mozambique, en Iran, en Afrique du Sud etc. Aujourd’hui l’artiste continue à errer, dans des contrées reculées, fantasmées, dans des pays rêvés. Il en parle comme d’une région, à mi-chemin entre fiction et réalité. Mais cette étrange sphère, ou ce pays, est toutefois visible sur deux sites internet qu’il a créé. Il s’agit d’un projet dont l’artiste dit qu’il se fonde sur un livre de René Daumal, Le Mont Analogue. « Ce livre, précise-t-il, évoque l’ascension en cordée d’une montagne située sur un continent invisible de l’océan pacifique (le continent est entouré d’une matière qui courbe les rayons lumineux et le dissimule au regard). Le livre se termine sur une virgule, sans que le lecteur sache jamais la destinée de la cordée. « De quel projet Alan Aubry parle-t-il ? On ne sait pas exactement. Comme dans le livre, tout est dans l’ambiguïté, la liberté et l’ouverture. À chacun d’élaborer des scénarios, d’entrer dans un jeu aux règles constamment réinventées, consistant à explorer un monde qui n’existe pas. Alan Aubry s’emploie à cette activité depuis de nombreuses années, dans un rapport obsessionnel avec cette fable contemporaine. Déjà aux Beaux-Arts de Rouen, il se définissait comme un explorateur, réalisait des photo-montages, des animations, inventait des journaux de bord, tout cela autour de voyages fantastiques vers le Mont Analogue. Plus récemment, il se filmait escaladant avec une grande agilité, les meubles de sa maison, comme s’il s’agissait là toujours de l’ascension du même mont. Alan Aubry s’organise et vit en fonction du Mont Analogue, pour le Mont Analogue, dans la fascination du Mont Analogue, comme si ce projet, extensible à l’infini, prolongeait son rapport au réel. Comme si l’artiste donnait un second souffle aux découvertes et aux voyages qu’il avait faits tout petit. Son père travaillant dans des chantiers, il a établi ses dernières séries photographiques dans des friches industrielles, des sites abandonnés et des chantiers. Malgré l’apparence documentaire de ses œuvres récentes, Alan Aubry maintient le cap sur une réalité insaisissable.

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